2010, l’année de grâce du "cardinal qui voyait loin"
Personne n’a oublié en effet les motifs pour lesquels, « le premier dimanche de Carême de cette année-là - c’était le 12 mars - le pape Karol Wojtyla célébra sous les yeux du monde entier une liturgie pénitentielle sans précédent. Sept fois, comme les sept péchés capitaux ». Le pape avoua les fautes « commis par les chrétiens, siècle après siècle, et demanda pardon à Dieu pour tous ces péchés », et notamment pour « les croisades, les dictatures, les schismes, les hérésies, les femmes, les Juifs, Galilée, les guerres de religion, Luther, Calvin, les Indiens, les injustices, l’Inquisition, l’intégrisme, l’islam, la mafia, le racisme, le Rwanda, l’esclavagisme ».
Le pape aurait-il dû en faire plus comme le réclamait, toujours insatisfaits, ceux prêts à crier haro sur le baudet ? N’y en avait-il pas encore pour prétendre « qu’il devait battre sa coulpe davantage et pour d’autres choses encore », pour se réjouir, goguenards, et dire qu’il « avait bien raison de s’humilier ainsi » ? Bien sûr « la liste n’est jamais close » mais qui, connaissant le mal dans le cœur de l’homme, pourrait dire encore aujourd’hui que la liste sera un jour close ?
Dix ans après, il semble que la demande de pardon de l’Église prenne un nouveau tournant, devant une vérité atroce à regarder. Sandro Magister fait remarquer que le pape Jean-Paul II n’avait pas « demandé pardon pour les abus sexuels commis sur des enfants. Et il n’apparaît pas que quiconque lui ait reproché ce silence et encore moins qu’il ait exigé que le pape ajoute la pédophilie à la liste ».
Il n’en a pas moins fait beaucoup en confiant le dossier au cardinal de confiance, dont il n’a jamais voulu se séparer, au « cardinal qui voyait loin », Joseph Ratzinger. Devenu pape à son tour, celui-ci s’attaque non plus aux péchés du passé mais aux péchés actuels, plus graves quand ils sont « commis par des clercs », sûr que « la plus grande épreuve pour l’Église ne vient pas de l’extérieur mais des péchés qui sont commis en son sein ».
2001 : « En tant que préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, il a rendu plus contraignantes les procédures de traitement des affaires de pédophilie imputables au clergé. »
2002 : « Quand le scandale a éclaté de manière très grave aux États-Unis, il a adopté la ligne de la rigueur. »
Le vendredi saint de 2005 : « Rédigeant le texte du dernier chemin de croix du pontificat de Jean-Paul II, il a critiqué la "saleté" de l’Église avec les accents d’une protestation prophétique. » À l’Église en pénitence et à tous les baptisés, Benoît XVI demande de purifier la "mémoire", certes, mais plus encore leur vie actuelle.
« Aux catholiques d’Irlande, concernés plus que les autres par le scandale, il a ordonné de faire un nettoyage complet, de se confesser souvent, de faire pénitence tous les vendredis pendant une année entière, et à leurs évêques et prêtres d’effectuer des exercices spirituels spéciaux. » Aux prêtres, il demande avec force lors de l’année sacerdotale de raviver en eux « la fidélité à leur engagement », « chasteté comprise ».
C’est donc à ce prix que l’année 2010 sera une année de grâce et non l’année horrible décrétée par les médias ! C’est le prix de la vérité, d’une vraie purification, qui donnera un nouvel élan à l’évangélisation si chère à Jean-Paul II et pour laquelle Benoît XVI se dépense sans compter à quatre-vingt quatre ans.
Ne crée-t-il pas « au sein de la curie romaine un dicastère expressément chargé de la "nouvelle évangélisation" des pays où la moderne éclipse de Dieu est la plus marquée » ? « Une cour des Gentils symbolique, sur le modèle de la cour ouverte aux païens dans l’ancien temple de Jérusalem, pour permettre l’ouverture d’un dialogue avec les hommes qui sont les plus éloignés de Dieu » ?
Certes les « signes d’effondrement » sont là, comme « le très net éloignement des gens nés après 1981 envers la pratique religieuse, la prière, la foi en Dieu et la confiance en l’Église », qui n’échappent pas à notre pape. Mais avec le Saint-Père en premier de cordée, il nous faut monter. Le chemin est étroit. Mais le chrétien le sait : on n’est libre que dans les hauteurs.
H.B.
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