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Puce Benoît XVI : « Le libéralisme se détruit sans son fondement chrétien »
11 décembre 2008
Liberté politique s’est procuré la lettre de Benoît XVI au sénateur Marcello Pera, à propos de son livre Pourquoi nous devons nous dire chrétien. Le libéralisme, l’Europe et l’éthique (Ed. Mondadori). Le professeur Pera, ancien président du Sénat italien, se définit lui-même comme “laïque et libéral”. Il avait écrit en 2004 avec l’ancien cardinal Ratzinger un livre intitulé Sans racine. Dans sa lettre au sénateur, parue le 23 novembre, le pape développe deux idées qui vont surprendre : la résolution de la crise de l’éthique contemporaine passe par un retour du libéralisme à ses fondements chrétiens ; l’impossibilité du dialogue interreligieux rend d’autant plus nécessaire le dialogue interculturel. Texte intégral.

Cité du Vatican, 23 novembre 2008

Cher sénateur Pera,

j’ai pu lire ces derniers jours votre nouveau livre Pourquoi nous devons nous dire chrétiens. Ce fut pour moi une lecture passionnante.

Avec une connaissance remarquable des sources et une logique convaincante, vous analysez l’essence du libéralisme à partir de ses fondements, montrant qu’elle s’enracine dans l’image chrétienne de Dieu : sa relation avec Dieu dont l’homme est l’image et de qui nous avons reçu le don de la liberté. Avec une logique irréfutable vous faites voir que le libéralisme perd sa base et se détruit de lui-même s’il s’éloigne de ce fondement.

Je n’ai pas été moins impressionné par votre analyse de la liberté et par votre analyse du multiculturalisme où vous montrez la contradiction interne de ce concept, et donc son impraticabilité politique et culturelle.

Votre analyse sur ce que peuvent être l’Europe et une constitution européenne par laquelle l’Europe ne se transforme pas en une réalité cosmopolite mais trouve au contraire son identité à partir de son fondement chrétien-libéral est d’une grande importance.

Votre analyse des concepts de dialogue interreligieux et interculturel revêt aussi pour moi une importance particulièrement significative. Vous expliquez avec grande clarté qu’un dialogue interreligieux au sens étroit du terme n’est pas possible, ce qui confère une urgence d’autant plus grande alors au dialogue interculturel qui approfondit les conséquences culturelles de l’option religieuse de fond. Alors que sur celle-ci un vrai dialogue n’est pas possible sans que l’on mette entre parenthèses sa propre foi, il faut débattre dans l’espace public des conséquences culturelles des options religieuses de fond. Ici le dialogue, la correction mutuelle et un enrichissement réciproque sont possibles et nécessaires.

Au sujet de la signification de tout cela pour la crise de l’éthique contemporaine, je trouve important ce que vous dîtes sur la parabole de l’éthique libérale. Vous montrez que le libéralisme, sans cesser d’être libéralisme, mais au contraire pour être fidèle à lui-même, peut se lier à une doctrine du bien, en particulier à la doctrine chrétienne du bien, qui lui est connaturelle, offrant ainsi une contribution précieuse à la résolution de la crise.

Avec sa sobre rationalité, son ample information philosophique et la force de son argumentation, votre livre, à mon avis, revêt une importance fondamentale aujourd’hui pour l’Europe et pour le monde. J’espère qu’il trouvera une large audience et qu’il aidera à donner au débat politique, par-delà les problèmes de l’heure, cette profondeur sans laquelle nous ne pourrons répondre au défi de l’époque historique que nous traversons.

Reconnaissant pour votre œuvre, je vous vous accorde de grand cœur la bénédiction de Dieu.

Benoît XVI




© Traduction Éric Iborra pour notre site partenaire Liberté politique.com.
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