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Puce De Rome, béatification de Jean-Paul II : « Une vie à livre ouvert »
6 mai 2011 - par Hélène Bodenez
Blanc et rouge, rouge et blanc partout, où que l’œil se pose. Ballons, banderoles, drapeaux de toute taille, bouquets de fleurs ... les deux couleurs de la Pologne pavoisent la place Saint-Pierre éclipsant quelque peu le très officiel jaune et blanc papal. L’hommage d’exception au « fils exemplaire de la nation polonaise » promettait d’être grandiose.

30 avril : Galerie Charlemagne

Dès le samedi, galerie Charlemagne du Vatican, une foule cosmopolite grouille à l’entrée de l’exposition [1] commémorant la vie d’un « géant de la foi ». Hommage de Benoît XVI à Jean-Paul II pour sa béatification, elle est organisée par la Cité du Vatican et par le ministère polonais de la culture. Quinze sections [2] pour illustrer toute l’existence de Jean-Paul II ainsi que ses funérailles.

(JPG) Au-dessus du grand escalier, un énorme évangéliaire rouge ouvre ses pages sur la file des pèlerins qui s’arment de patience avant d’entrer. En 2005, les pages s’étaient tournées au souffle du grand vent des funérailles jusqu’à fermer le livre tout entier. Six ans ont passé et le signe reste gravé dans les mémoires. Le signe ressurgit clair et net dès le seuil de la rétrospective, riche en photos, en vidéos et en objets personnels comme le scapulaire blanc toujours porté par le pape marial.

(JPG) Détails de la petite histoire et grands moments de la grande s’entremêlent pour ponctuer la vérité d’une vie hors du commun : le temps de la jeunesse à Wadowice puis la vie à Cracovie ; et encore, Wojtyła prêtre, l’ami des jeunes, le travailleur, le sportif, l’évêque, le cardinal et le pape. Les angles d’approche se déclinent, multiples. Celui des voyages officiels est bien sûr impressionnant, mais les vidéos d’amateurs donnant le futur pape glissant agile en canoë ou campant avec ses amis le révèlent si simple et si naturel.

Fascinantes pages également que celles de la première encyclique Redemptor hominis rédigées d’une petite écriture fine et régulière. Rien n’est oublié et l’exposition réalisée par des yeux amis, des cœurs aimants surtout, donne une très juste image de l’itinéraire du pape slave venu d’un pays lointain, qui au premier jour de son élection s’est pourtant fait romain parmi les Romains, toujours plus proche de chaque membre de l’universelle Église.

(JPG) Des yeux limpides de ce portrait d’enfant au jour de la souffrance ultime de l’attentat ou de la maladie invalidante, de l’homme priant à genoux accroché à sa houlette de pasteur au pape contemplatif photographié de dos devant la mer dans l’île de Gorée d’où partaient les bateaux d’esclaves ; du bleu de sa veste de casseur de cailloux à son anneau de pêcheur, de ses skis aux souliers grenat de successeur de Pierre... tout revêt une signification des plus profondes et ravive l’émotion qui affleure. Mais ainsi que le dit Stefano Fontana pour l’Observatoire Van Thuan, Jean-Paul II n’a pas été béatifié pour cela ; la raison pour laquelle Jean-Paul II a été béatifié Place Saint-Pierre le dimanche 1er mai est « invisible », car l’offrande surnaturelle d’une vie de souffrance à la gloire de Dieu pour le bien des âmes l’est, invisible.

(JPG) À deux encablures de l’exposition, en ce samedi d’attente, messe du jour célébrée au sanctuaire de la Divine Miséricorde. Ce sont des Français qui occupent le lieu, conduits par la Famille missionnaire de Notre-Dame. Le groupe venu de l’Ardèche affiche une foi et une ferveur contagieuses. L’homélie prépare les cœurs et emmène les intelligences dans l’audace du pape Benoît XVI de faire bienheureux Jean-Paul II le jour même de la fête de la Divine Miséricorde, jour de l’anniversaire liturgique de la mort de Jean-Paul II.

Un constat d’évidence : cette dévotion n’est pas encore bien passée dans les mœurs de l’Église malgré les efforts de Jean-Paul II à vouloir l’imposer. Jeune homme, Karol Wojtyła n’avait-il pas l’habitude de se recueillir déjà sur la tombe de sœur Faustine avant qu’elle ne soit sainte ? Une fois devenu pape, l’auteur de l’encyclique Dives in misericordia n’aura de cesse de canoniser cette jeune religieuse polonaise ayant été favorisée de visites du Christ « aux rayons de lumière » [3]. Ce sera le nœud du Jubilé de l’an 2000.

Mais « cela ne suffisait pas » encore, prêche le célébrant : il faudra la mort de Jean-Paul II le samedi soir, vigile de la Divine Miséricorde, pour consolider un peu plus une dévotion essentielle. Mais « cela ne suffisait pas toujours » et force est de constater que la propagation de la dévotion reste bien lente. D’où la bienheureuse élévation de Jean-Paul II sur les autels en ce dimanche de la Divine Miséricorde : elle vient de tout son poids faire entrer désormais l’Église dans la nécessité de ce grand bain de jouvence, d’une miséricorde qui « relève ». C’est ce que chacun des pèlerins espérait vivre effectivement le lendemain.

1er mai : la béatification

Toutes les nations s’étaient donné rendez-vous et battaient le pavé en une foule compacte, infatigable. Une rumeur enflait depuis deux heures du matin via della Conciliazione. Les drapeaux de jeunes Français flottaient. Une marée humaine avançait par vagues place Saint-Pierre. Centimètres après centimètres. Trois heures et demie du matin, cinq heures, les heures de la nuit s’étirent longues. Sept heures : le jour est levé, la décongestion a heureusement commencé, les premiers groupes ont atteint de haute lutte leur destination : approcher au plus près de l’autel. Neuf heures : enfin place Saint-Pierre ! Un Deo gratias rouge sur fond blanc emporté par des ballons rouges chiffrés de "JPII" blancs s’élève dans un ciel si bleu si calme. Le drapeau de Jeunesse-Lumière n’est pas en reste.

Que ce soit pour Benoît XVI le 1er mai, ou pour le cardinal Bertone le lendemain lors de la messe d’action de grâce, la sainteté de Jean-Paul II ne fait aucun doute bien que la canonisation ne soit pas l’opération du jour. Le peuple de Dieu, qui avait crié Santo subito continue, plus que jamais, à « sentir flotter le parfum de sa sainteté [4] ». Les deux messes, très recueillies, très différentes dans leur liturgie ont fait, toutes deux, monter hymnes et cantiques splendides, à commencer par l’hymne officiel de la béatification ou le méditatif Totus tuus. Au centre de la béatification, analysant l’apport spécifique, eschatologique, du serviteur de Dieu qu’a été Karol Le Grand, l’homélie de Benoît XVI invite à ne pas oublier le cœur du message. Ne pas sacrifier « l’esprit d’Avent » dans lequel le grand Pape défunt invitait les chrétiens à vivre toujours.

« Jean-Paul II a conduit le Peuple de Dieu pour qu’il franchisse le seuil du Troisième Millénaire, qu’il a pu appeler, précisément grâce au Christ, le “seuil de l’espérance”. Oui, à travers le long chemin de préparation au Grand Jubilé, il a donné au christianisme une orientation renouvelée vers l’avenir, l’avenir de Dieu, transcendant quant à l’histoire, mais qui, quoi qu’il en soit, a une influence sur l’histoire. Cette charge d’espérance qui avait été cédée en quelque sorte au marxisme et à l’idéologie du progrès, il l’a légitimement revendiquée pour le christianisme, en lui restituant la physionomie authentique de l’espérance, à vivre dans l’histoire avec un esprit d’“avent”... »

2 mai : entre la Vierge et l’Eucharistie

Des centaines de milliers de pèlerins ont continué de pérégriner devant le cercueil une dernière fois, finalement transféré le soir dans la chapelle Saint-Sébastien, chapelle de martyr située à l’entrée de la basilique, à droite, vraiment très proche de la Porte Sainte, entre la Pietà et la chapelle du Saint-Sacrement. Entre la Vierge Marie et l’Eucharistie. L’endroit n’est-il pas des plus appropriés pour le pèlerin de Notre-Dame et le Pape de l’Eucharistie [5] ?

Temps béni, heures historiques. Les cérémonies de béatification se sont achevées ; la fenêtre du ciel reste bien ouverte, la bénédiction du bienheureux Jean-Paul II [6] se déverse en continu sur tous [7]. C’est sûr. Le grand vent n’a pas fini de souffler.





*Hélène Bodenez est l’auteur d’À Dieu, le dimanche ! (Éd. Grégoriennes)


Découvrir :

(JPG)

Vidéo : le reportage photo, par Hélène Bodenez



Poème de Karol Wojtyła
« Chant du Dieu caché » (1946)
Extrait
RIVES DU SILENCE (16)
« Souvent je pense à ce jour de vision,
Qui sera plein d’étonnement
Devant cette Simplicité
Qui a conçu le monde,
Et où ce monde demeure intact jusqu’à présent

— et plus loin encore.
Alors la simple nécessité devient soif grandissante
De ce jour
Qui embrasse toutes choses avec l’immense Simplicité
Du souffle de l’amour. »
Poème qui date de 1946, année de son ordination. il a été mis en musique par Marcin Styczen pour le 1er anniversaire de la mort de Jean-Paul II.
(Traduction Christiane Payan)




Photos : Hélène Bodenez



Notes

[1] Exposition temporaire jusqu’au 24 juillet 2011.

[2] 15 sections : Enfance et jeunesse à Wadowice (1920-1938), Cracovie (1939-1979), Pape Jean-Paul II (1978-2005), le thème de la sainteté, la tentative d’assassinat, le Jubilé, les Journées mondiales de la Jeunesse, les voyages apostoliques, le dialogue œcuménique et interreligieux, les encycliques et les documents officiels, les canonisations et les béatifications, les synodes, consistoires et ordinations épiscopales, écrits, Marie, la souffrance. John Paul II, “A tribute from Benedict XVI on the occasion of the beatification”, (catalogue de exposition, 2 € - en anglais, italien et polonais).

[3] Le cœur est caché, les deux rayons sortent de la tunique entrouverte, « Feu de la miséricorde, étincelle de la grâce » : expressions utilisées dans l’homélie de Jean-Paul II lors de la consécration de la basilique de Łagiewniki en août 2002.

[4] « Le parfum qui nous a tous enveloppés », 2 avril 2007, Les anniversaires de la mort de Jean-Paul II célébrés par Benoît XVI, L’Osservatore Romano, « Bienheureux », p. 15. Numéro spécial, 5 €.

[5] Le 17 avril 2003, Jean-Paul II écrit la dernière des quatorze encycliques écrites en vingt-six ans, Ecclesia de eucharistia.

[6] Saint Jean-Paul II, Alain Vircondelet, Plon, 2011.

[7] Fin de l’homélie de Benoît XVI : « Bienheureux es-tu, bien aimé pape Jean-Paul II, parce que tu as cru ! Continue - nous t’en prions - de soutenir du Ciel la foi du Peuple de Dieu. Tant de fois tu nous as bénis sur cette place du Palais apostolique. Aujourd’hui, nous te prions : Saint-Père bénis nous. Amen. »

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