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Puce In memoriam : Xavier Walter
22 octobre 2011 - par Philippe de Saint-Germain
La revue Liberté politique est en deuil. Xavier Walter, membre de la première heure de son comité de rédaction, est retourné à Dieu, ce lundi 17 octobre, emporté par un cancer à l’âge de 66 ans.

L’ami Xavier nous avait été présenté par notre éditeur, François-Xavier de Guibert. Il s’était passionné d’emblée pour l’aventure : une revue d’idées lancée par de jeunes intellectuels chrétiens, disciples enthousiastes de leur pape, amoureux de la France et désireux d’affronter sans complexe les défis politiques et culturels de leur temps. Quinze ans plus tard, la revue est toujours là, ayant traversé quelques tempêtes comme l’Hippopotame, ce deux-mâts fougueux qui rallia la Chine de 1784 et dont il raconta l’épopée missionnaire dans un livre magnifique en 2001, mais fidèle à sa vocation : muscler l’âme et la raison des catholiques habités par les défis de la Nouvelle Évangélisation, témoigner de l’intelligence de la foi dans tous les cercles de la pensée...

De ce combat, de cette mission, Xavier ne se lassait jamais. La plume était son arme. Travailleur infatigable, la Providence avait mis sur sa voie des maîtres et des lectures qui façonnèrent une intelligence hors normes. Sa mémoire, prodigieuse, ne le prenait jamais en défaut : incollable historien, sa culture étonnante était un trésor dans laquelle nous puisions volontiers pour nourrir nos débats.

Il était comme un frère aîné, lui-même sensible à la vivacité des disputatio qui pouvaient jaillir chez des esprits jeunes nés à la vie adulte avec le pontificat de Jean Paul II. Chaque mois, il s’associait à nos réflexions, avec une joie simple et communicative, nous éblouissant par son érudition sans faille et sa passion pour la Chine...

Difficile en effet de penser à lui sans un détour par l’Empire du Milieu !

À l’origine de cette passion, une rencontre. Jeune professeur, tenté par la politique, il entra en collaboration avec Alain Peyrefitte, qui lui fit découvrir les mystères et les promesses de la Cité interdite. Xavier Walter se fit bénédictin : copiste, documentaliste, chercheur, écrivain. Nul n’ignore que la plume de l’auteur du best seller de 1973, Quand la Chine s’éveillera, ce sera lui. Dans ses Chroniques de France, de Chine et d’ailleurs, 1979-1999 (F.-X. de Guibert, 2005) il racontera son travail avec le ministre académicien, pas toujours facile, on l’imagine, et les coulisses de la Cinquième, entre la place Vendôme (le ministère de la Justice), le Figaro, l’Institut et la mairie de Provins.

Mais la passion de la Chine ne le quittera plus. Il s’y rendra souvent, et lui consacrera une quinzaine d’ouvrages, souvent massifs, mais qui savaient aussi se faire précis et légers, une performance pour évoquer l’immensité de ce « pays, si jeune et vieux à la fois », comme sa Petite Histoire de la Chine (Eyrolles, 2007).

Amoureux de la France, il le fut avec le cœur et la raison, attaché particulièrement à ses Princes, dont il était proche, et dont il servit la mémoire en écrivant notamment une biographie du comte de Paris, devenue "la" référence. C’est ainsi que naturellement, il devint le lointain successeur de Jacques Bainville comme rédacteur en chef de la Nouvelle Revue universelle.

Fils de l’Église, il épousait son élan missionnaire, suivant de près l’enseignement des papes qu’il étudiait scrupuleusement, en intellectuel chrétien, loyal serviteur du Magistère. Quelle joie, pour lui, quand Josef Ratzinger fut élu sur la chaire de Pierre ! Il suivait de près la question de l’évangélisation de la Chine, en creusant la portée de sa culture toute particulière (Confucius attendait-il Jésus-Christ ? 2008). Il établit ainsi une correspondance suivie avec le cardinal Etchegaray à Rome, mais aussi avec le père Benoît Vermander à Taipei ou avec l’évêque de Shanghai. Et voici pourquoi des numéros de Liberté politique partaient régulièrement pour la Chine...

D’autres illustres amitiés jalonnaient sa vie et ses recherches, occasions de riches échanges : Pierre Chaunu (qu’il interviewa pour Liberté politique), Emmanuel Leroy-Ladurie, Alain Besançon... Il en parlait parfois, mais toujours avec discrétion.

Discret, en effet, fut Xavier Walter. Ses talents incomparables auraient pu en faire une vedette. Ses chroniques dans le Figaro, au début des années quatre-vingt, le désignaient pour devenir une signature habituelle de l’establishment, mais l’homme était libre et droit. Le plat de lentille n’était pas sa tasse de thé. Il n’a jamais voulu tailler dans ses convictions pour ne pas déplaire. C’était son honneur et sa liberté. Il aurait pu devenir un universitaire ayant pignon sur rue. Il préféra le silence de l’écriture. Mais ses travaux demeurent, une mine pour les chercheurs qui voudront mieux comprendre la Chine, l’Église, la France.

Avec Xavier Walter, nous avons perdu un intellectuel honnête et courageux. Cet « ami solide », comme il aimait à se dire de la revue, n’assistera plus à nos séances du premier jeudi du mois. Il ne nous enverra plus chaque trimestre sa chronique de « L’esprit du temps ». Naguère, il dénicha cette lettre de Péking (sic), où le 15 septembre 1768, un père des Missions étrangères écrivait à un ami jésuite resté en France : « Nous nous reverrons dans le Ciel [I]. » Oui, cher Xavier, « nous nous reverrons dans le Ciel ».

Paix à ton âme ! Nous assurons ta femme, Josseline, et tes enfants, de nos prières fidèles à tes intentions.

Ph. de St-G.
©www.generation-benoitxvi.com

Notes

[I] Le Voyage de l’Hippopotame, F.-X. de Guibert, 2001, p. 419

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