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Puce L’espérance des Mages, pour le monde d’aujourd’hui. Homélie de l’Epiphanie 2008
9 janvier 2008
Texte intégral de l’homélie du Saint-Père, prononcée le jour de la fête de l’Epiphanie, 6 janvier 2008. "Nous avons tous besoin du courage des mages", une méditation sur la mission de l’Eglise dans l’histoire des hommes.

Chers frères et sœurs, aujourd’hui nous célébrons le Christ, lumière du monde, et sa manifestation aux hommes. Le jour de Noël, le message de la liturgie était le suivant : "Hodie descendit lux magna super terram", aujourd’hui une grande lumière descend sur la terre (Missel Romain). A Bethléem, cette "grande lumière" est apparue à un petit groupe de personnes, un minuscule "reste d’Israël" : la Vierge Marie, Joseph son époux et quelques bergers. Une lumière humble, à l’image du vrai Dieu ; une flammèche allumée dans la nuit : un nouveau-né fragile, qui crie dans le silence du monde... Mais cette naissance cachée et ignorée était accompagnée de l’hymne de louanges de l’armée céleste, qui chantait la gloire et la paix (cf. Luc 2,13-14).

Ainsi, cette lumière, si modeste que fût son apparition sur la terre, se projetait avec puissance dans les cieux : la naissance du Roi des Juifs avait été annoncée par l’apparition d’une étoile, visible de très loin. C’est là le témoignage de "quelques mages", venus à Jérusalem depuis l’Orient peu après la naissance de Jésus, au temps du roi Hérode (cf. Mathieu 2, 1-2).

Une fois encore, le ciel et la terre, le cosmos et l’histoire s’appellent et se répondent. Les anciennes prophéties trouvent un écho dans le langage des astres. "De Jacob monte une étoile, d’Israël surgit un sceptre" (Nombres 24,17), avait annoncé le voyant païen Balaam, appelé à maudire le peuple d’Israël et qui au contraire l’avait béni parce que - lui révéla Dieu - "ce peuple est béni" (Nombres 22,12).

Chromace d’Aquilée, dans son commentaire de l’Evangile de Matthieu, établit un lien entre Balaam et les Mages. Il écrit : "Le premier prophétisa la venue du Christ ; les autres le suivirent avec les yeux de la foi". Il ajoute une observation importante : "Tous aperçurent l’Etoile, mais tous n’en comprirent pas le sens. De la même manière notre Seigneur et Sauveur est né pour tous, mais tous ne l’ont pas accueilli (ivi, 4,1-2). Ici apparaît le sens, dans une perspective historique, du symbole de la lumière appliqué à la naissance du Christ : ce dernier exprime la bénédiction spéciale de Dieu sur la descendance d’Abraham, destinée à s’étendre à tous les peuples du monde.

L’épisode de l’Evangile que nous commémorons au moment de l’Epiphanie - la visite des Mages à l’Enfant Jésus à Bethléem - nous renvoie ainsi aux origines de l’histoire du peuple de Dieu, c’est-à-dire à la vocation d’Abraham.

Aux origines de l’histoire du peuple de Dieu

Nous sommes au chapitre 12 du Livre de la Genèse. Les 11 premiers chapitres sont semblables à de grandes fresques qui répondent à certaines questions fondamentales de l’humanité : quelle est l’origine de l’univers et du genre humain ? D’où vient le mal ? Pourquoi existe-t-il différentes langues et civilisations ?

Parmi les récits initiaux de la Bible, apparaît une première "alliance", établie par Dieu avec Noé, après le déluge. Il s’agit d’une alliance universelle, qui concerne l’humanité toute entière : le nouveau pacte avec la famille de Noé est aussi un pacte avec "toute chair".

Puis, avant la vocation d’Abraham, on trouve une autre grande fresque très importante pour comprendre le sens de l’Epiphanie : celle de la tour de Babel. Le texte sacré affirme qu’à l’origine "la terre entière se servait de la même langue et des mêmes mots" (Genèse 11,1). Par la suite, les hommes dirent : "Allons, bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche le ciel. Faisons-nous un nom afin de ne pas être dispersés sur toute la surface de la terre" (Genèse 11, 4). La conséquence de ce péché d’orgueil, semblable à celui d’Adam et Eve, a été la confusion des langues et la dispersion de l’humanité sur toute la surface de la terre (cf. Genèse 11, 7-8). Voilà ce que signifie "Babel". Ce fut une sorte de malédiction, semblable à l’expulsion du paradis terrestre.

C’est à ce moment que commence l’histoire de la bénédiction, avec la vocation d’Abraham : c’est le début du grand dessein de Dieu de faire de l’humanité une famille par l’alliance avec un peuple nouveau, choisi par lui pour être une bénédiction au milieu de tous les peuples de la terre (cf. Genèse 12,1-3).

Ce plan divin est encore en cours et il a connu son point culminant dans le mystère du Christ.

Après le Christ, les derniers temps

Depuis lors ont commencé les "derniers temps", en ce sens que le dessein a été entièrement révélé et réalisé dans le Christ, mais qu’il demande à être accueilli par l’histoire de l’homme, qui reste toujours une histoire de fidélité de la part de Dieu et malheureusement aussi d’infidélité de la part de nous les hommes. L’Eglise elle-même, dépositaire de la bénédiction, est sainte et composée de pécheurs, marquée par la tension entre le "déjà" et le "pas encore". Dans la plénitude des temps, Jésus-Christ est venu accomplir l’alliance : Lui-même, vrai Dieu et vrai homme, est le Sacrement de la fidélité de Dieu à son dessein de salut pour l’humanité tout entière, pour nous tous.

L’arrivée des mages venus d’Orient à Bethléem pour adorer le nouveau-né Messie, est le signe de la manifestation du Roi universel aux peuples et à tous les hommes qui cherchent la vérité.

C’est le début d’un mouvement opposé à celui de Babel : de la confusion vers la compréhension, de la dispersion à la réconciliation. Nous percevons ainsi un lien entre l’Epiphanie et la Pentecôte : si le Noël du Christ, qui est la Tête, est aussi le Noël de l’Eglise, son corps, nous voyons dans les Mages les peuples qui s’agrègent au reste d’Israël, annonçant ainsi le grand signe de l’"Eglise polyglotte", accompli par l’Esprit Saint cinquante jours après Pâques. L’amour fidèle et tenace de Dieu, qui n’a jamais manqué à son alliance de génération en génération, est le "mystère" dont parle saint Paul dans ses lettres, y compris dans le passage de la Lettre aux Ephésiens proclamé tout à l’heure au cours de la messe. L’Apôtre affirme qu’"il a eu connaissance de ce mystère par révélation" (Ephésiens 3,2) et qu’il est chargé de le faire connaître.

Ce "mystère" de la fidélité de Dieu constitue l’espérance de l’histoire. Certes, des poussées de division et d’oppression, qui déchirent l’humanité à cause du péché et du combat des égoïsmes, s’y opposent. Au cours de l’histoire, l’Eglise est au service de ce "mystère" de bénédiction pour l’humanité tout entière. Dans ce mystère de la fidélité de Dieu, l’Eglise ne remplit parfaitement sa mission que lorsqu’elle reflète en elle-même la lumière du Christ Seigneur et vient ainsi en aide aux peuples du monde sur la voie de la paix et du vrai progrès.

En effet cette parole que Dieu nous a révélée par la bouche du prophète Isaïe est toujours valable : "Les ténèbres couvrent la terre et un brouillard, les cités, mais sur toi le Seigneur va se lever et sa gloire, sur toi, est en vue" (Isaïe 60,2). Ce que le prophète annonce à Jérusalem s’accomplit dans l’Eglise du Christ : "Les nations vont marcher vers ta lumière et les rois vers la clarté de ton lever" (Isaïe 60,3).

Avec Jésus-Christ, la bénédiction d’Abraham s’est étendue à tous les peuples, à l’Eglise universelle en tant que nouvel Israël qui accueille en son sein l’humanité tout entière.

Une espérance pour le monde d’aujourd’hui

Mais aujourd’hui encore, ce que disait le prophète reste vrai à bien des égards : "un brouillard couvre les cités" et notre histoire. En effet, on ne peut pas dire que la globalisation soit synonyme d’ordre mondial, bien au contraire. Les conflits pour la suprématie économique et l’accaparement des ressources énergétiques ou hydriques et des matières premières rendent difficile le travail de ceux qui, à tous les niveaux, s’efforcent de construire un monde juste et solidaire.

Nous avons besoin d’une plus grande espérance, pour pouvoir préférer le bien de tous au luxe de quelques uns et à la misère du plus grand nombre. "Cette grande espérance ne peut être que Dieu seul... Non pas n’importe quel dieu, mais le Dieu qui possède un visage humain" ("Spe salvi", n° 31) : le Dieu qui s’est manifesté dans l’Enfant de Bethléem et dans le Crucifié-Ressuscité.

S’il y a une grande espérance, l’on peut persévérer dans la sobriété. Si la vraie espérance fait défaut, on cherche le bonheur dans l’ivresse, dans le superflu, dans les excès, et l’on détruit soi-même et le monde. La modération n’est donc pas seulement une règle ascétique, mais aussi une voie de salut pour l’humanité. Il est désormais évident que ce n’est qu’en adoptant un mode de vie sobre, accompagné par un engagement sérieux pour une distribution équitable des richesses, qu’il sera possible d’instaurer un ordre de développement juste et durable.

Pour cela, il faut des hommes qui nourrissent une grande espérance et qui possèdent donc beaucoup de courage : le courage des Mages, qui ont entrepris un long voyage en suivant une étoile et qui ont su s’agenouiller devant un Enfant et lui offrir leurs précieux dons. Nous avons tous besoin de ce courage, enraciné dans une solide espérance. Que Marie nous l’obtienne, en nous accompagnant au cours de notre pèlerinage terrestre avec sa protection maternelle. Amen !

Traduction www.Chiesa (L’Espresso.it)
Intertitres de la rédaction.
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