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Puce La Note Ratzinger : un appel aux consciences.
20 juin 2005 - par Fondation de service politique

La Congrégation pour la doctrine de la foi, après avoir pris, entre autres, l’avis du Conseil pontifical pour les Laïcs, a publié une Note doctrinale "à propos de questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique ". Cette Note s’adresse aux évêques de l’Église catholique, mais surtout à tous les fidèles laïcs appelés à participer à la vie publique et politique des sociétés démocratiques. Elle peut contribuer à éclairer tous les chrétiens dans leurs votes.

Comme toute "Note" de la congrégation, ce document n’apporte rien de nouveau sur le plan doctrinal. Il reste que sa tonalité générale révèle un changement de braquet très net dans l’appréhension romaine des réalités politiques contemporaines. Ceci ne peut être sans conséquences lourdes. La Note trahit une préoccupation, pour ne pas dire une inquiétude grave, et invite clairement les catholiques à reconsidérer la nature de leurs engagements personnels et collectifs. L’Église prend acte de l’effondrement moral des sociétés démocratiques. Elle encourage les catholiques à occuper pleinement leur responsabilité politique, comme ils l’ont toujours fait, mais en appelant plus que jamais leur conscience à "refuser tout compromis". Autrement dit, la présence au monde politique ne relève plus de la coopération mais du témoignage. Indice troublant : d’emblée, c’est le chancelier Thomas More qui est cité en exemple, le saint martyr qui "a su témoigner jusqu’à la mort la dignité inaliénable de la conscience".

Le document romain expose le jugement de l’Église sur l’évolution de la démocratie, sur les priorités politiques et morales qui doivent structurer un engagement politique chrétien (le respect de la vie, la liberté des personnes et des groupes, la famille, la justice sociale, la paix) et sur l’unité de vie du citoyen, électeur ou élu, dont la volonté ne peut désobéir à la conscience.

L’argumentation est parfois difficile à suivre, elle procède par itérations plus que par inductions, mais ses conclusions sont logiques et d’une netteté redoutable : la Note ne craint pas de condamner le soutien à des partis ou des projets politiques dont les orientations sur des questions fondamentales sont en contradiction avec des principes de la conscience chrétienne. Légitime, le pluralisme des choix ne peut être "indéterminé" au prétexte qu’aucun parti politique n’est parfait. "La conscience chrétienne bien formée ne permet à personne de favoriser par son vote la mise en acte d’une loi ou d’un programme politique, dans lequel les contenus fondamentaux de la foi et de la morale sont détruits par la présence de propositions qui leur sont alternatives ou opposées" (n. 4). Plus précisément, "il n’est pas logique d’isoler un de ses éléments au détriment de la totalité de la doctrine catholique".

La difficulté vient qu’en apparence, il n’y a plus guère de formules politiques, partis ou programmes, qui puissent donner satisfaction, d’autant plus que "la foi n’a jamais prétendu emboutir dans un schéma rigide les contenus sociopolitiques" (n. 7), ce qui écarte les propositions de type " ordre moral " "inspirées d’une vision utopiste" qui instrumentalisent le message religieux. D’où la question : que faire ?

L’Église en appelle à la conscience. Les laïcs chrétiens dont la responsabilité propre est "l’animation chrétienne de l’ordre temporel" (GS, 38) doivent engager une réflexion pour traduire dans les faits les exhortations du magistère, alarmé par les effets du relativisme moral sur les populations. L’heure n’est plus au compromis, l’heure est au témoignage prophétique. Comment donc conjuguer cette nouvelle exigence avec la vertu politique de prudence ?

Deux éléments de réponse paraissent pouvoir être apportés aujourd’hui, à chaud, et sous réserve de tout approfondissement.

1/ La doctrine sociale de l’Église est fondée sur une "juste conception de la personne" qui doit donner sa " cohérence " à tout jugement et à toute responsabilité politiques. La " totalité " d’une démarche politique se juge donc non seulement sur un contenu, mais aussi sur une cohérence. L’éclairage de cette cohérence (le mot est cité neuf fois) laisse entendre que s’il y a des exigences éthiques fondamentales auxquelles on ne peut renoncer, il y a un ordre logique dans ces exigences. Cet ordre permet de juger de la qualité d’une intention politique (sa légitimité, son efficacité dans le temps), et d’introduire aussi une hiérarchie pratique dans la sélection des objectifs et des dangers.

Or le principe fondateur de la vie sociale, celui "qui rend possible la participation démocratique", est clairement désigné comme "l’intangibilité de la vie humaine". La protection de la vie est le critère suprême à partir duquel on doit juger de l’opportunité et de la justesse d’un choix politique en faveur du bien commun. C’est par rapport à cette norme objective ultime qu’un engagement politique doit se déterminer et soutenir le cas échéant une mesure imparfaite pourvu qu’elle ait pour effet de "limiter les préjudices" d’une situation éthique inacceptable. La marge de manœuvre est étroite, certes, mais elle ne ressort en aucun cas de la transgression. C’est une réponse indirecte au ministre de la Santé revendiqué chrétien, Jean-François Mattei, qui "en appel[ait] à l’Église" pour accepter la recherche sur l’embryon (La Vie, 16 janvier 2003).

2/ De nos jours, la politique est volontiers réduite à "une simple transformation des structures" (n. 7). Les catholiques ne peuvent accepter ce " politique d’abord ", largement répandu, a fortiori aujourd’hui où la vie sociale se construit sur un autonomisme moral tempéré par des contraintes administratives, décidées par les pouvoirs publics pour en contenir les dégâts sur la collectivité. Logiquement, ces contraintes sont de plus en plus autoritaires, et de plus en plus inefficaces. "Si à la base, explique la Note, il n’y a pas une culture capable de recevoir, de justifier et de transformer en projets les exigences qui dérivent de la foi et de la morale, les transformations reposeront toujours sur des fondements fragiles (n.7)."

Conclusion, l’engagement politique des catholiques est moins que jamais un repli sur soi. Il invite au courage et à l’imagination. Se battre avec les moyens de l’adversaire est voué à l’échec. Le défi consiste à investir la vie publique avec les armes de la culture, et à rendre celle-ci centrale dans toute ambition politique. Une stratégie très wojtylienne.

© Fondation de service politique, janvier 2003.

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