Succès du Ier congrès pour la Nouvelle évangélisation : « La parole de Dieu croît et se répand » (Ac 12, 24)
[Rome] - Du nouveau. Du nouveau sous le soleil chrétien ; toujours ces « choses nouvelles » depuis plus de deux siècles. Avec pour thème « De nouveaux évangélisateurs pour la Nouvelle évangélisation », ce congrès des 15 et 16 octobre a donné une preuve éclatante de la jeunesse de l’Eglise.
Ubicumque et semper, avons-nous chanté en latin Salle Paul VI le samedi après-midi. Un « Partout et toujours » qui s’élève de manière méditative après un énergique « Levons les yeux, levons les mains, Jésus vient » emmené par le groupe français Glorious.Mais aussi des Ave Maria, un Panis angelicum, sommets du répertoire chrétien chantés par Andrea Bocelli.
Beaucoup de joie en cet après-midi exceptionnel Salle Paul VI. L’agence romaine Zenit rend publics des chiffres impressionnants : « 33 représentants des conférences épiscopales, 400 représentants de 115 institutions ecclésiales engagées dans l’évangélisation, 10 000 jeunes prêts à se lancer dans leur mission. » Le Conseil pontifical pour la Promotion de la nouvelle évangélisation, sous la houlette de Mgr Rino Fisichella, avait lancé un appel plus ou moins bien relayé mais les difficultés et les obstacles n’auront pas eu raison de cette initiative majeure. Franc succès donc pour cette première fois bien menée, où chacun pouvait grâce à la technique écouter en direct les différentes interventions dans sa langue, Salle Paul VI et Basilique Saint-Pierre le lendemain. En France, KTO a compris l’enjeu et a tout retransmis en direct.
Prendre au sérieux l’exhortation de Pierre
Retenons d’abord le témoignage de l’écrivain italien, Vittorio Messori qui invite à une urgence, redécouvrir le kérigme, la foi contenue en ces trois petits mots « Jésus est ressuscité », la « base par quoi tout se tient ». Témoignant de sa conversion, Messori remonte à son passé anticlérical, à son indifférence radicale. Mais dit-il, il a été « contraint par une évidence intérieure », par une « dimension inimaginable qui s’est ouverte ». Ce qu’il croyait « accumulation de vieux mythes », « plaie de l’Occident », soudain se métamorphose.
« La foi ? une réalité surnaturelle qui s’incarne dans un homme concret. » Le chemin ne fut certes pas facile. Comment se rendre à « la dimension inédite » qui l’envahissait ? Il avait beau chercher une apologétique adéquate, il se heurtait aux disputes internes postconciliaires de l’Église. Personne ne parlait de la foi et encore moins de ses raisons, personne ne s’occupait de chercher la vérité du credo, et d’ailleurs qui voulait le faire se disqualifiait immédiatement. C’est ainsi qu’il décide de publier ses propres recherches en la matière, une défense de la foi, une apologétique, chose bien oubliée en effet aujourd’hui. « Il ne peut y avoir de résonance de la foi sans “raisonnabilité” de celle-ci. » Et quand celle-ci n’est plus confessée, on assiste à la chute de la foi.
L’appel final est vibrant : il faut « prendre au sérieux » l’exhortation de Pierre, donner les raisons de l’espérance qui est en nous, avec douceur et respect.
Mgr Fabio Suescún Mutis, évêque aux armées de Colombie, prend le relais des témoignages en revenant sur les expériences de nouvelle évangélisation en Amérique latine, fondées sur la certitude que « Jésus est la réponse valable à l’inquiétude des hommes et des femmes », fondée sur une « conversion pastorale personnelle ». Aller vers les indifférents, oui bien sûr, mais ne pas forcément s’occuper que de quelques brebis quand tout le troupeau se perd.
De nouvelles stratégies missionnaires s’imposent, et parmi elles, la capacité des chrétiens à occuper l’espace numérique comme cherche à le faire Jesus Colina en présentant aux milliers personnes présentes son site à venir Aleteia site dédié aux chercheurs de vérité (lancement officiel le 22 octobre). Le but, offrir une plateforme pour que chacun trouve des réponses à ses questions. La vidéo défile, les mots answers, debate, questions dansent, turquoise sur fond gris.
Pendant de longues minutes le Veni sancte spiritusde Taizé sera psalmodié avec une ferveur palpable. Mgr Fisichella proclame la Parole de Dieu préparant l’assemblée à l’intériorité et à l’enseignement du pape.
Le pape arrive dans l’attitude qu’on lui connaît bien, simple presque timide sous les acclamations, bras ouverts. Sous le Christ de la Résurrection [1] en pleine restauration de Pericle Fazzini, la posture du Pasteur des catholiques est tout un symbole. Mgr Fisichella introduit ce moment précieux en présentant tous ces « nouveaux évangélisateurs » réunis là pour un « programme de vie », celui de « communiquer la beauté de la foi » en « un style de vie » unifié.
Trois lois pour proclamer la parole
Le pape enseigne, nouvel évangélisateur parmi les nouveaux évangélisateurs, et en pédagogue donne trois lois pour que la Parole de Dieu se répande dans le monde, ces trois lois développées par le cardinal Stanislas Rylko dans un article de l’Osservatore romano [2], « Des laïcs pour la nouvelle évangélisation ». La première loi, c’est « la loi d’expropriation où les chrétiens se font serviteurs humbles de la « grande cause de Dieu, pas propriétaires », « ne parlant pas en leur nom propre » ; l’évangélisation n’est jamais une affaire privée, car derrière il y a toujours Dieu et il y a toujours l’Église. La deuxième loi ressort de la parabole du grain de sénevé. Celui qui annonce l’Évangile ne doit pas prétendre obtenir des résultats immédiats, ni qualitatifs, ni quantitatifs. La troisième loi est celle du grain de blé qui meurt pour porter du fruit. Dans l’évangélisation, la logique de la croix est toujours présente. »
Le pape poursuit :
« Le monde d’aujourd’hui a besoin de personnes qui annoncent et témoignent que c’est le Christ qui nous enseigne l’art de vivre, le chemin du vrai bonheur, parce qu’Il est la route de la vie. Le monde d’aujourd’hui a besoin de personnes qui parlent à Dieu, pour pouvoir parler de Dieu. Et nous devons aussi toujours rappeler que Jésus n’a pas sauvé le monde par de belles paroles ou des moyens tapageurs, mais par sa souffrance et par sa mort. »
De cela, nous sommes responsables, responsables de le porter à tous, pas avec nos seules forces, mais mus par l’Esprit-Saint car c’est Lui qui rend toute chose nouvelle, mais ne cessant d’invoquer la Vierge Marie, « étoile de la Nouvelle évangélisation ».
L’Année de la foi
Sommet de ces deux jours splendides, la messe le lendemain, dimanche 16 octobre, trente-trois ans jour pour jour après l’élection du pape Jean-Paul II. Lors de l’homélie, le pape Benoît XVI annonce une année de la Foi.
Présente dans l’Assemblée, les écouteurs sur les oreilles, j’ai l’impression de vivre un scoop. Tout encore imprégnée de l’interprétation de l’Évangile de ce dimanche, « rendre à Dieu ce qui est à Dieu », ce qui vaut cher en nous, notre âme frappée de l’effigie même de Dieu, je rends grâce au Père des Cieux pour ce pape qui croit vraiment que « Dieu trouvera aujourd’hui aussi de nouvelles voies pour appeler les hommes ».
Les paroles en latin d’un Angélus baigné de soleil Place Saint-Pierre sont retransmises par écran géant ; la foule énorme répond. Grand moment de communion internationale. Puis une file d’attente commence à se former pour entrer dans la basilique, grossit pour atteindre le bas de la place. Beaucoup se dirigent une dernière fois vers l’autel de Saint-Sébastien où des bancs attendent les pèlerins. La pierre blanche gravée des lettres pourpre est l’objet de tous les regards, de toutes les pensées, de toutes les prières. Les « Bienheureux Jean-Paul II priez pour nous » s’élèvent dans les cœurs, les « Bienheureux Jean-Paul II protégez Benoît XVI », « protégez cette nouvelle évangélisation », nouvelle évangélisation si fervente mais si fragile »mais qui durera jusqu’à la consommation des siècles.
Hélène Bodenez
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