USA : les raisons d’un voyage apostolique
Les États-Unis sont à l’avant-garde de la modernité et paradoxalement, ils sont aussi le peuple le plus religieux du monde occidental. Une enquête du Pew Forum établit que le nombre d’athées et d’agnostiques est très faible aux États-Unis. Ils forment respectivement 1,6% et 2,4% de la population. Quant aux catholiques, sur une population de 300 millions ils sont « seulement » 70 millions, un peu plus de 23 % de la population mais la communauté catholique est en pleine croissance, spécialement dans le sud. À Dallas, par exemple, les catholiques, n’étaient que 200 000 il y a vingt ans, ils sont plus d’un million aujourd’hui !
Ce poids des catholiques et des chrétiens en général n’est pas sans conséquence politique. En 2004, l’Église n’avait pas donné de consignes de vote et elle n’en donnera pas pour les prochaines élections, mais tous les candidats savent que les catholiques ont contribué à la réélection de George W. Bush. Aujourd’hui, les pro-vie penchent pour le républicain McCain, les “pro-paix et justice” pour les démocrates Clinton et Obama. Mais quelque soit le choix des uns ou des autres, le facteur religieux sera prépondérant.
Le Saint-Siège est conscient de cette évolution. Comme l’écrit Sandro Magister, les États- Unis ne sont plus « le temple du capitalisme calviniste, de la société de consommation, du darwinisme social, de la chaise électrique et de la gâchette facile partout dans le monde. » Maria Glandon, féministe convertie, professeur de droit à l’université de Harvard, nommée présidente de l’Académie pontificale des sciences sociales par Jean-Paul II, et qui était à la tête de la délégation du Vatican au sommet de Pékin en 1995, est aujourd’hui l’ambassadeur des États-Unis près le Saint-Siège. En la recevant le 29 février dernier, Benoît XVI soulignait « l’importance que le peuple américain a, dès le début, attribué à la religion dans le débat public ».
Pour le pape, les États-Unis sont un pays né et fondé « sur cette vérité évidente que le Créateur a doté chaque être humain de droits inaliénables », et ils sont un modèle à imiter par toutes les autres nations. Un rôle qui ailleurs - en Europe et en France en particulier - est, dit-il « contesté au nom d’une compréhension limitée de la vie politique ». Avec ses « conséquences sur la défense légale du don divin de la vie depuis la conception jusqu’à la mort naturelle, le mariage ou la famille ».
L’autre motif de ce voyage est l’ONU. Le Saint-Siège y est présent comme « observateur permanent ». Il ne vote pas mais a le droit de parole et de réponse. Il y a quelques années, une campagne pour l’exclure avait été organisée par des organisations non gouvernementales. Elle a obtenu l’effet inverse. En juillet 2004, l’assemblée générale de l’ONU a approuvé à l’unanimité une résolution qui a renforcé la sa présence dans l’organisation.
Devant l’assemblée générale, Benoît XVI s’adressera à la population du monde entier. L’un des thèmes majeurs du pontificat est la purification de la foi et de la raison. À Ratisbonne, Benoît XVI avait pointé deux erreurs symétriques : l’une qui détache la foi de la raison à la manière de l’islamisme et l’autre qui fait perdre la foi en la raison, le vice de la culture dominante en Europe et en Amérique. Le pape ne pourra donc manquer de rappeler au monde que la paix est fondé sur la loi naturelle, sur les droits inviolables gravés dans la conscience de tout homme mais aussi formulés dans la « Déclaration universelle » dont on fête le soixantième anniversaire cette année.
Enfin le pape a ajouté a son programme deux rencontres : le 17 à Washington, et le 18 à New York avec la communauté juive. Le 18 étant la date de la Pâque juive. La communauté juive avait peu apprécié la nouvelle formulation de la prière pour les juifs dans la forme extraordinaire du rite, introduite par Benoît XVI le 6 février dernier dans la liturgie du Vendredi Saint.
Le jour où ces deux rencontres supplémentaires étaient annoncées, la Secrétairerie d’État assurait dans un communiqué
« que la nouvelle formulation de l’Oremus, qui a modifié certaines expressions du missel de 1962, n’a entendu en aucun cas manifester un changement de la position développée par l’Église catholique à l’égard des juifs, en particulier depuis la doctrine du concile Vatican II, spécialement dans la déclaration Nostra aÉtate. Celle-ci, selon les mots prononcés par Benoît XVI justement lors de l’audience accordée aux grands rabbins d’Israël le 15 septembre 2005, a placé “une pierre milliaire sur la voie de la réconciliation des chrétiens avec le peuple juif”. D’ailleurs, la pérennité de la position présentée par la déclaration Nostra aÉtate est mise en évidence par le fait que l’Oremus pour les juifs du missel romain de 1970 reste totalement en vigueur et qu’elle est la forme ordinaire de la prière des catholiques ».
Et le Saint-Siège « réaffirme son désir de voir se poursuivre les progrès constatés dans la compréhension et l’estime réciproques entre juifs et chrétiens pendant ces années ». Le voyage de Benoît XVI représente donc ainsi un enjeu majeur pour l’avenir du catholicisme aux États-Unis, l’action diplomatique du saint Siège et le dialogue judéo-chrétien.