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Puce Il y a trente ans, Jean-Paul II au Sacré-Cœur de Montmartre
28 mai 2010 - par Hélène Bodenez
1980, 30 mai-2 juin. Trois jours à Paris, vingt-huit allocutions. Le nouveau pape n’a pas ménagé sa peine pour inviter un pays dont il admirait depuis longtemps la culture à retrouver ses racines catholiques [1]. Au centre de la visite en France [2], l’intervention à l’Unesco avec sa défense vibrante de la vérité sur « l’homme tout entier » et de son avenir fondée sur la « primauté de l’esprit ».

Mais aussi la messe au Bourget avec l’appel à la fidélité aux fameuses « promesses » du baptême de « la fille aînée de l’Église » ; la rencontre avec les jeunes au Parc des Princes pleine du rappel prophétique que « la société de consommation ne rend pas l’homme heureux » ; la prière à la basilique du Sacré-Cœur à Montmartre.

De cette dernière rencontre on n’a peut-être moins parlé mais elle fut chère au cœur du pape. Après le partage de l’enthousiasme des jeunes et l’effervescence d’un lieu de rassemblement « sportif » où il avait fallu déployer charisme et séduction pour enseigner l’importance des commandements, la nouveauté de la voie de perfection du « viens et suis-moi » du Christ, voilà qu’en plein cœur de la nuit, au seuil du mois du Sacré-Cœur, Jean-Paul II cherchait le repos du cœur du Christ. Il invitait la France, « éducatrice des peuples », à « entrer dans le mystère » :

« Chers frères et sœurs, ma joie est grande de pouvoir finir cette journée dans ce haut lieu de la prière eucharistique, au milieu de vous, réunis par l’amour envers le divin Cœur. Priez-le. Vivez de ce message qui, de l’Évangile de saint Jean à Paray-le-Monial, nous appelle à entrer dans son mystère. Puissions-nous tous “puiser avec joie aux sources du salut”, celles qui découlent de l’amour du Seigneur, mort et ressuscité pour nous. »

Après le Parc des Princes

Le pape s’était fait attendre. Mais la foule patiente était prête, malgré l’heure tardive, à prier avec l’hôte insigne, à porter avec lui les différentes rencontres de la journée dont celle des évêques, forte de l’invitation à ne pas « voiler » les « vérités de leurs convictions, de leur credo ». Espéré à la basilique vers vingt-trois heures, le pape otage des jeunes, n’avait plus qu’à plaisanter de ce retard qui, au fond, le mettait en joie et qui signait surtout la grande réussite de la journée après l’épreuve de la messe du Bourget. Encore au Parc des Princes à minuit, aux cinquante mille jeunes rassemblés, il finit par lancer sous forme de boutade, parlant de ceux qui l’attendaient sur la Butte : « Ils vont croire que les jeunes ont dévoré le pape ! »

Trente ans après, il faut lier les deux rencontres : nul doute que Jean-Paul II n’ait prié au Sacré-Cœur de Montmartre pour les jeunes qu’il venait de rencontrer, ces jeunes avec qui il ne perdra jamais le contact ; nul doute qu’il n’ait prié pour les vocations ce dimanche-là. Il le fera jusqu’à la fin de ses jours, rencontrer les jeunes, prier pour eux. « Tu deviendras comme ceux avec qui tu restes souvent en contact » disait-il.

La basilique du Sacré-Cœur veut faire mémoire de ce grand moment, en tirer des fruits qui perdurent [3]. Alors qu’elle clôture de manière solennelle l’année sacerdotale, son recteur, le père Laverton, organise une cérémonie le mardi 1er juin pour le trentième anniversaire de la venue de Jean Paul II à la Basilique. Présidées par Mgr Eric Aumônier, évêque de Versailles, les vêpres (17h30) et la bénédiction d’une grande plaque commémorative [4] en présence de l’ambassadeur de Pologne, Son Excellence M. Tomasz Orlowski, précéderont la messe de 18h30. Venons donc nombreux ce 1er juin montrer notre attachement à la mémoire du pape dont la pastorale de jeunes porta tant de fruits, dire notre reconnaissance pour le renouveau de l’Église de Paris, exprimer notre demande de pardon pour nos manquements après tant de dons, faire monter notre prière et supplier le Maître de la moisson, par son intercession.

Brygida Grysiak voulant savoir dans un livre récent si Mgr Mokrzycki [5], son deuxième secrétaire, demande encore de l’aide à Jean-Paul II « quand c’est difficile », ce dernier répondit : « Je le lui demande. Et il m’aide toujours. » Ce 1er juin, n’hésitons pas, levons-nous et montons là-haut sur la Butte, demandons à Jean Paul II dont il nous tarde qu’il soit enfin béatifié, de nous aider. Et croyons qu’il nous aidera toujours.

Hélène Bodenez



On peut prendre part au relais d’adoration en s’inscrivant au moins 24h à l’avance.
Renseignements : 01 53 41 89 03 ou adoremus@sacre-coeur-montmartre.com

Visite de Jean Paul II au Sacré-Cœur de Montmartre

Paris,
dimanche 1er juin 1980

1. “Reste avec nous, Seigneur, car le jour est sur son déclin”[1].
Les disciples d’Emmaüs avaient le cœur déjà tout brûlant au-dedans d’eux-mêmes après avoir entendu expliquer sur le chemin, les merveilles du plan de salut révélé dans les Écritures. Par la fraction du pain, le Seigneur achève de se révéler à eux, ressuscité, dans la plénitude de son amour. Nous sommes à Montmartre, dans la basilique du Sacré-Cœur, consacrée à la contemplation de l’amour du Christ présent dans le Saint-Sacrement. Nous sommes au soir du premier juin, premier jour du mois particulièrement consacré à la méditation, à la contemplation de l’amour du Christ manifesté par son Sacré-Cœur. Ici, jour et nuit, des chrétiens se rassemblent et se succèdent pour rechercher “les insondables richesses du Christ”[2].

2.
Nous venons ici à la rencontre du Cœur transpercé pour nous d’où jaillissent l’eau et le sang. C’est l’amour rédempteur, qui est à l’origine du salut, de notre salut, qui est à l’origine de l’Église. Nous venons ici contempler l’amour du Seigneur Jésus : sa bonté compatissante pour tous durant sa vie terrestre ; son amour de prédilection pour les petits, les malades, les affligés. Contemplons son cœur brûlant d’amour pour son Père, dans la plénitude du Saint-Esprit. Contemplons son amour infini, celui du Fils éternel, qui nous conduit jusqu’au mystère même de Dieu.

3.
Maintenant encore, aujourd’hui, le Christ vivant nous aime et nous présente son cœur comme la source de notre rédemption : “Semper vivens ad interpellandum pro nobis”[3]. A chaque instant, nous sommes enveloppés, le monde entier est enveloppé, dans l’amour de ce cœur “qui a tant aimé les hommes et qui en est si peu aimé”. “Je vis, dit saint Paul, dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé, et qui s’est livré pour moi”[4]. La méditation de l’amour du Seigneur passe nécessairement par celle de sa passion : “Il s’est livré pour moi”. Ceci implique que chacun prenne conscience non seulement du péché du monde en général, mais de ce péché par lequel chacun est réellement en cause, négativement, dans les souffrances du Seigneur. Cette méditation de l’amour manifesté dans la passion doit aussi nous conduire à vivre conformément aux exigences du baptême, à cette purification de notre être par l’eau jaillie du cœur du Christ ; à vivre conformément à l’appel qu’il nous adresse chaque jour par sa grâce. Puisse-t-il nous donner maintenant “de veiller et de prier” pour ne plus succomber à la tentation. Qu’il nous donne d’entrer spirituellement dans son mystère ; d’avoir en nous, comme dit encore saint Paul, les sentiments qui étaient dans le Christ Jésus... “qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort”[5]. Par là, nous sommes appelés à répondre pleinement à son amour, à lui consacrer nos activités, notre apostolat, toute notre vie.

4.
Ce mystère de l’amour du Christ, nous ne sommes pas appelés à le méditer et à le contempler seulement ; nous sommes appelés à y prendre part. C’est le mystère de la Sainte Eucharistie, centre de notre foi, centre du culte que nous rendons à l’amour miséricordieux du Christ manifesté dans son Sacré-Cœur, mystère qui est adoré ici nuit et jour, dans cette basilique, qui devient par là-même un de ces centres d’où l’amour et la grâce du Seigneur rayonnent mystérieusement mais réellement sur votre cité, sur votre pays et sur le monde racheté. Dans la sainte Eucharistie, nous célébrons la présence toujours nouvelle et active de l’unique sacrifice de la Croix dans lequel la Rédemption est un événement éternellement présent, indissolublement lié à l’intercession même du Sauveur. Dans la sainte Eucharistie, nous communions au Christ lui-même, unique prêtre et unique hostie, qui nous entraîne dans le mouvement de son offrande et de son adoration, Lui qui est la source de toute grâce.
Dans la sainte Eucharistie - c’est aussi le sens de l’adoration perpétuelle - nous entrons dans ce mouvement de l’amour d’où découle tout progrès intérieur et toute efficacité apostolique : “Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes”[6].
Chers Frères et Sœurs, ma joie est grande de pouvoir finir cette journée dans ce haut lieu de la prière eucharistique, au milieu de vous, réunis par l’amour envers le divin Cœur. Priez-le. Vivez de ce message qui, de l’Évangile de saint Jean à Paray-le-Monial, nous appelle à entrer dans son mystère. Puissions-nous tous “puiser avec joie aux sources du salut”[7], celles qui découlent de l’amour du Seigneur, mort et ressuscité pour nous. C’est à lui que je recommande aussi ce soir votre pays et toutes vos intentions apostoliques. De grand cœur, je vous donne ma bénédiction.

Source : Vatican.va

[1] Cf. Luc. 24, 29.
[2] Cf. Eph. 3, 8-19.
[3] Hebr. 7, 25.
[4] Gal. 2, 20.
[5] Phil. 2, 5-8.
[6] Io. 12, 32.
[7] Is. 12, 3.

[1] George Weigel, Jean-Paul II, Témoin de l’espérance, « Pierre parmi nous », La colline d’Arès revisitée, p. 466-468
[2] « Huit mois après sa visite, convaincu qu’une nouvelle direction était indispensable, Jean Paul II procéderait à une nomination épiscopale audacieuse en vue de modifier le cours de l’historie catholique française », p. 468.
[3] Du lundi 24 au 31 mai 2010, introduction à la nuit d’adoration à partir du nouveau livre du Père Marie-Joseph Le Guillou, Premiers pas dans la pensée de Jean-Paul II, Parole et silence, 2010.
[4] Déjà en place, belle dans un marbre clair à droite sur le premier pilier de l’allée, cachée derrière les photos rappelant l’événement.
[5] Mgr Mokrzycki, Brygida Grysiak, Le Mardi était son jour préféré, « Dans l’intimité de Jean-Paul II », Éditions des Béatitudes, mars 2010.
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